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«La radioactivité est un gros mot»

ENTRETIEN Luc Riolon, le réalisateur de Tchernobyl, une histoire naturelle ?, revient sur sa démarche.

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Pendant le tournage, avec le scientifique ukrainien Sergey Gaschack. ©DR


Un film sur Tchernobyl qui n'aborde pas la question humaine, c'est plutôt culotté. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Les hommes se sont enfuis de cette zone, ils ont abandonné les animaux et les végétaux à leur propre sort, en l'occurrence au feu de la radioactivité à des taux inédits. Comment expliquer le renouveau de la nature alors qu'a priori tout était mort? La question humaine aurait été de parler du millier de petits vieux revenus dans leurs maisons. Il y a une omerta à Tchernobyl car le directeur de la clinique qui les suit m'a affirmé qu'ils allaient bien. Mais en approchant un compteur Geiger [instrument de mesure de la radioactivité] près de leur bras, l'aiguille s'affole : ce sont des piles radioactives! Que dire? Ils vont bien, ils ont souvent plus de 80 ans. Comment prouver qu'ils iraient mieux sans cette contamination?  J'ai donc laissé tomber cette piste plutôt glissante.

Le spectateur est sans relâche pris dans la masse d'information : radionucléides, substitution, demi-vie des radioéléments, faibles doses, ADN, chromosomes... Était-ce envisageable de raconter l’histoire de la faune et la flore sans ces informations ?

Comprendre ce qu'est la radioactivité implique un minimum d'informations scientifiques et aussi de la 3D, car elle n'est pas visible. J'ai demandé au graphiste, Dominique Grégoire, de «simuler» la radioactivité sous forme de couleurs, de jaillissements de faisceaux de la matière afin d'aider à la compréhension. C'était un challenge que de parvenir à être pédagogique sans être barbant. Le côté «leçon de choses» me passionne. La nature fait preuve d'une inventivité inouïe, et l'expliquer grâce au travail de scientifiques passionnés est toujours bluffant d'ingéniosité. C'est un sujet inépuisable.

La production et mise en place du film ont pris deux ans. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Des relations très amicales avec ce scientifique ukrainien, Sergey Gaschack. C'est devenu un ami. Il m'impressionne : sa passion pour son métier est remarquable et mérite notre respect. C'est grâce à ce genre de personnes que nous pourrons tirer bénéfice de ce laboratoire gigantesque à ciel ouvert. Il est indispensable de connaître les effets à long terme de la radioactivité, aussi bien négatifs que positifs. Leur travail est primordial et nos gouvernements devraient les aider financièrement, ce qui est loin d'être le cas.

Vous dites que ce tournage vous a fait changer d'opinion sur la radioactivité. Pourquoi ?

Quand on ne sait rien de la radioactivité, elle fait peur. La radioactivité est un gros mot, elle est toujours perçue comme négative. Or, à faible dose, elle peut aussi présenter des avantages, c'est ce qu'on appelle l'effet hormesis. Au début de la production, je n'étais pas rassuré d'aller passer du temps dans l'endroit le plus radioactif de la planète. Après avoir bien étudié la question, je n'avais plus la moindre appréhension. En ce qui concerne notre santé, au bout des soixante jours de tournage, nous avions pris trois millisieverts alors que nous avions droit à vingt.

Propos recueillis par L.F.
 
 
 

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