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LE REGARD DU PROFESSEUR Trente ans d'écart entre les deux films, que le spectateur de 2010 peut franchir en deux séances de visionnage, qui le ramènent à soixante-dix ans auparavant, l'époque des camps, du génocide.

Les premières réactions, comme les critiques écrites ultérieures des adolescents sont significatives et riches en enseignements. Nuit et Brouillard, qui provoque l'horreur directe, suscite d’abord chez les élèves des réactions de rejet, «Ce film est particulièrement désagréable à regarder», nous écrivent Yacine, David et Frédéric. Mais très vite émerge aussi la conviction de son utilité : «Ce qui est bien c’est que le film nous fait passer un message pour notre futur.» «Une fois ça suffit», se dit-on après l’avoir vu. Mais en même temps les élèves comprennent qu’il faut marquer les consciences, donc continuer à montrer ce film. L’œuvre de 1955 reste pleinement actuelle.

Rapidement est abordée la question du réalisme documentaire : ce qui est bien, avec ce film, c'est qu’il montre vraiment, c'est qu'il est vrai, c'est une archive. Certains, parce qu'ils l'avaient appris en classe, font le lien avec le danger du négationnisme. «Le côté descriptif» du film nous disent Morgan et Clément, entendant par là son réalisme, fait que «désormais, nous ne sommes plus dans l’ignorance» face aux crimes du passé. Les élèves arrivent à remettre en cause leur position de spectateurs, «nous ne vivons pas dans un monde entièrement protégé» (Lina et Saïd).

Une dimension nouvelle

Mais ils n'en restent pas à aux leçons historiques et politiques, celles du plus jamais ça. Une fois Nuit et Brouillard vu, commenté et critiqué, les élèves passent à autre chose après la diffusion de longs extraits d'un second film, Shoah. Ils continuent à effectuer un travail de mémoire, sous une forme différente, celle du témoignage. Lanzmann emmène ces spectateurs dans une dimension nouvelle, celle de l'identification. Identification avec les survivants, qui expriment peu de sentiments, mais «touchent» les adolescents, au point que certains voient de «l'émotion» (Lina et Saïd, Margot, Asma) plus apparente qu'elle ne l'est dans le film. Angélique et Annalie sont plus proches des intentions de Lanzmann quand elles écrivent qu'il «ne montre pas forcément les sentiments de ces personnes».

L'identification se fait ainsi avec le réalisateur, avec celui qui veut recueillir les paroles des derniers survivants, qui enquête pour tout savoir, dans les détails, pendant des années d'un tournage interminable, qui choisit quoi filmer, quoi montrer, que demander à ses acteurs-témoins. Margot et Asma comprennent que la lenteur du film traduit celle de l'investigation. «L'action commence à Chelmno, en Pologne», annonce le générique de début du film. Le rythme lent est bien celui d'une action. Lanzmann devait-il demander, dès le début de son film, à Simon Srebnik, l'enfant chanteur de Chelmno, de rejouer ses propres tourments sur les lieux mêmes du génocide ? Sonia lui trouve «beaucoup de culot», elle se serait, elle, abstenue de le faire. Le cinéaste l'a mise dans sa propre position de réalisateur, c'est la marque du chef-d’œuvre.

Peu à peu, les élèves, ces jeunes gens de quatorze à seize ans, ont mis à leur portée la mémoire que notre civilisation a construite autour du génocide, ils ont parcouru un peu du chemin de cette mémoire entre deux œuvres cinématographiques fondatrices. Et, ce qui n’est pas rien, ils se sont appropriés le documentaire comme une œuvre cinématographique, artistique, à part entière.

François Otchakovsky-Laurens, professeur d’histoire-géographie, avril 2010

Les élèves de 3eA du collège Stéphane-Mallarmé à Marseille ont visionné puis critiqué tour à tour Nuit et Brouillard d'Alain Resnais (1955) puis Shoah (près de 40 minutes d'extraits tirés de la « Première époque » du film) de Claude Lanzmann (1985).
 
 
 

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