Le film du siecle la nullité d l'année le coin de la bd l'oeil du collégien
A LA UNE / LES YEUX ROUGES
CINEMA / LES YEUX ROUGES
TELEVISION / LES YEUX ROUGES
DVD / LES YEUX ROUGES
FESTIVALS / LES YEUX ROUGES
WEB / LES YEUX ROUGES
ARCHIVES / LES YEUX ROUGES
Imprimer Envoyer
Un américain à Gaza

BANDE DESSINÉE Joe Sacco se rend à Gaza pour mener l'enquête. Sur un massacre perpétré en 1956 par des soldats israéliens. C'est aussi l'occasion de redécouvrir ses premiers reportages, qui nous plongent en Palestine pré-Oslo.

Longtemps, on a interrogé Joe Sacco: pourquoi la Palestine? «Primo, j'étais un contribuable américain dont l'argent – mon argent – était dépensé pour perpétuer l'occupation, et deuxio, j'étais diplômé de l'école de journalisme de l'université d'Oregon, atterré de voir la manière minable –dois-je dire détestable –- dont les journalistes américains traitaient la question.»

Son premier reportage, au long cours et en bande-dessinée, a donc lieu là-bas. Pendant l'hiver 1991-1992, il parcourt la Cisjordanie et la bande de Gaza, croque et recueille. Maintenant, on interroge Joe Sacco: pourquoi y retourner? Et surtout, se concentrer sur un massacre vieux d'un demi-siècle, tombé dans l'oubli? La réponse se dévoile dans les 400 pages de Gaza 1956, en marge de l'histoire.

bd_gaza1

Quatre cent pages pour quatre cent morts. La seule mention de ces victimes était une note de bas de page, dans un rapport de l'UNRWA. En 1956, profitant de la guerre de Suez, l'armée israélienne envahit la bande de Gaza. Deux villes, Khan Younès et Rafah, en subissent surtout les conséquences.

Comment ces Palestiniens ont-ils trouvé la mort? Patiemment, Joe Sacco retrouve des témoins. Grâce à un ami et traducteur, il croise les récits, en élimine certains (douteux), afin de reconstituer les massacres. Etapes par étapes. Parfois, il se heurte à des souvenirs troublés, peinant à faire le tri d'entre les morts, mais dévoile ainsi une mémoire collective douloureuse:


bd_gaza2 1948 (La Naqba ou l'expulsion des Palestiniens de leurs terres), 1956, la première Intifada, la seconde. Entre ces «grandes» dates, fourmillent d'autres drames. L'auteur fait d'ailleurs la navette entre passé et présent, livre aussi bien les résultats que les conditions de son reportage.

Une prison à ciel ouvert

Des journalistes blasés aux combattants traqués, des fous-rires aux peurs, des vieux encore bouleversés aux jeunes agaçants, Joe Sacco dessine le portrait d'un territoire hors norme. Gaza est une prison à ciel ouvert, où les matons circulent en tank et «ciblent» les assassinats.

Palestine et (surtout) Gaza 1956 donnent à voir, comprendre, entendre les Palestiniens et leur histoire, sans cesse ensanglantée. C'est là l'essentiel. Mais, partant d'un même territoire, les deux ouvrages témoignent d'une autre évolution, positive elle: celle d'un auteur. De voyageur curieux, glannant de-ci de-là des informations, transformant son journal en épisodes passionnants, Joe Sacco est devenu journaliste véritable, enquêtant sur des faits précis, construisant un récit complexe, virtuose. Sans jamais perdre ni le lecteur ni l'émotion.

Marion Dumand

Gaza 1956, en marge de l'histoire, de Joe Sacco, traduit de l'anglais par Sidonie Van der Dries, Futuropolis, 400 p., 27€.
Palestine, de Joe Sacco, Rackham, traduit de l'anglais par professeur A., introduction d'Edward Said, réédition de la série Palestine, publiée en 1996 par Vertige Graphic en deux volumes (Une nation occupée, Dans la bande de Gaza), 324 p., 26€.
 
 
 

LES YEUX ROUGES