Le film du siecle la nullité d l'année le coin de la bd l'oeil du collégien
A LA UNE / LES YEUX ROUGES
CINEMA / LES YEUX ROUGES
TELEVISION / LES YEUX ROUGES
DVD / LES YEUX ROUGES
FESTIVALS / LES YEUX ROUGES
WEB / LES YEUX ROUGES
ARCHIVES / LES YEUX ROUGES
Imprimer Envoyer
Mi-nonne, mi-boxeur

DVD La Danse, Frederick Wiseman. Combien de ballets en préparation, combien de danseurs en rodage sur une chorégraphie, combien de pointes, de sauts, d’enchaînements exténuants, en même temps dans les salles d’entrainement de l’Opéra de Paris?

dvd_ladanse3

Emilie Cozette, danseuse étoile, durant les répétitions
de
Paquita. © Cosimo Mirco Magliocca_ONP2007


Ce qui frappe d’abord, dans La Danse, c’est le foisonnement, le bouillonnement artistique. Sans interview ni voix off - comme dans tous les films de Wiseman -, on saute d’une piste à l’autre, de la chorégraphie la plus classique jusqu’à la pointe de la danse contemporaine. À chaque fois le réalisateur prend le temps nous faire comprendre le mouvement recherché, l’intention du maître de ballet, la difficulté du danseur. Même néophyte, on est porté par la grâce des corps, et l’intimité de la relation entre les artistes.

Alternant entre les scènes de danse, le film fait entrevoir le monde de la direction de l’Opéra, autour de Brigitte Lefèvre, la directrice du ballet, qui reçoit ses danseurs en entretiens individuels, programme sa saison, organise des réceptions pour les mécènes.

Les sentences cassantes

Alors, peu à peu, derrière les propos doucereux, les «ma chérie, c’était très bien ce que tu as fait», perce la dureté extrême d’un milieu élitiste, les sentences cassantes, «il faut savoir s’arrêter une fois qu’on a passé l’âge». Une jeune danseuse, qui est retenue pour un rôle nettement en dessous de celui qu’elle espérait, doit se confondre en remerciements à sa directrice, après être passée au tribunal de ses moindres petits défauts. Comme disait Béjart, le danseur doit être mi nonne, mi boxeur.

L’observateur averti remarquera aussi les danseurs remplaçants, les doublures à qui on ne dit rien lors des entraînements, qui le plus souvent n’ont même pas accès à la piste de danse, et sautillent dans un minuscule coin de salle, imitant de leurs mieux, dans des conditions humiliantes, les étoiles et les premiers danseurs. Et de l’autre côté, certains maîtres de ballet franchement malveillants commentent sur leur banc les jeunes gens qui s’éreintent devant eux. Rare exception, Angelin Preljocaj, invité pour monter un spectacle, s’adresse aux danseurs avec une douceur non affectée, alors même qu’il exige d’eux l’impossible.

Entrecoupant les passages dansés et les dialogues, il y a aussi les mille petits métiers de l’Opéra. Ce sont les balayeurs, les peintres et maçons qui assurent l’entretien des locaux, mais aussi les métiers anciens, d’accessoiristes, de décorateurs. Ces personnages travaillent en silence, comme des ombres n’ayant pas voix au chapitre dans la grande comédie du monde du spectacle.

Au fur et à mesure se dégage une impression de monde fermé, suranné, coupé du reste de la vie. En 2007, le régime spécial de retraite des danseurs du ballet est gravement remis en cause par les mesures gouvernementales. Il suffit à la direction d’un appel à l’esprit maison, à la fierté de faire partie de l’élite, pour calmer les esprits – des danseurs, pas des techniciens qui sont encore régulièrement en mouvement.
dvd_ladanse4
Répétition de Genus. ©ONP2007

La fin du documentaire montre, comme un aboutissement, des extraits de spectacles : Casse-Noisette, Le Songe de Médée. Mais l’immersion dans l’intimité du ballet aura produit un curieux effet, de nous désintéresser de ces spectacles, qui paraissent tantôt vieillots et conventionnels, tantôt trop cérébraux, dans un avant-gardisme de façade plus que réel. Comme une parabole de ce petit monde clos, dont l’étude anthropologique finit par être plus attrayante que ses productions artistiques.

Antonin Otchak

La Danse : le ballet de l’Opéra de Paris
, de Frederick Wiseman
France/Etats-Unis, 2009, 160 mn. Idéale Audience / Zipporah Films / Opéra National de Paris / Le Fresnoy, Studio National des Arts Contemporains
Sortie en salles le mercredi 7 octobre 2009. Disponible en DVD, Editions Montparnasse, 20 €.
 
 
 

LES YEUX ROUGES