Le film du siecle la nullité d l'année le coin de la bd l'oeil du collégien
A LA UNE / LES YEUX ROUGES
CINEMA / LES YEUX ROUGES
TELEVISION / LES YEUX ROUGES
DVD / LES YEUX ROUGES
FESTIVALS / LES YEUX ROUGES
WEB / LES YEUX ROUGES
ARCHIVES / LES YEUX ROUGES
Imprimer Envoyer
Des lieux légendaires

DVD Le Monde perdu, Vittorio de Seta. Restaurés par la Cineteca di Bologna, ce coffret regroupant dix courts-métrages tournés entre 1954 et 1959 offre un témoignage unique sur la vie des classes populaires dans le sud de l’Italie et dévoile l’art d’une figure majeure et méconnue du documentaire italien : Vittorio de Seta.

Des mineurs, des paysans, des pêcheurs vivent de leur labeur quotidien au rythme des chants et des prières pendant que les femmes les attendent au village, occupées à leurs tâches. Il y a une forme de nostalgie mêlée à une fascination à revoir aujourd’hui ces images qui semblent venir du fond de notre histoire. Ils nous rendent des traditions, des rites, des gestes archaïques désormais disparus. Au delà de leur valeur historique, comme traces photographiques d’un monde perdu, ces films sont également témoins de la maitrise de l’art cinématographique de leur auteur, qui mérite d’être mise en avant.


dvd_deseta1

Ce qui fait l’intérêt et la force de ces images c’est qu’elles sont travaillées par la sensibilité d’une jeune aristocrate de 30 ans parti dans le sud de l’Italie filmer un monde, le prolétariat rural, qu’il ne connaissait pratiquement pas. C’est cette rencontre étrange et insolite entre deux univers si lointains qui donne ce que Vittorio de Seta appelle une forme de «poésie». A l’opposé du regard froid et analytique de l’anthropologue descendu étudier les cultures primitives, De Seta offre, avec une sensibilité qui cède parfois le pas à un certain lyrisme, le portrait ému d’un monde menacé d’extinction.

Il suffit de regarder la beauté photographique des cadres, les contre-jours à couper le souffle sur ces paysages brulés par le soleil et balayés par les vents, les gros plans sur ces visages, pour comprendre que le cinéaste opère dans ses films une forme de «mythification» de ces gens modestes qui vivent dans des conditions matérielles extrêmement difficiles et qui luttent au quotidien contre la force de la nature.

Les fils de Prométhée

«L’Italie du Sud : ma culture ancestrale basculait de la réalité au mythe. Un temps où la lumière du jour était précieuse et les nuits complètement obscures et mystérieuses. Ces paysans étaient les fils de Prométhée, qui avaient volé le feu aux dieux pour le donner aux mortels, et de cela ils étaient punis. Des gens qui avaient cherché la rédemption par le travail des mains, dans les entrailles de la terre, sur la mer ouverte à l’infini, dans les champs de blé… Des gens qui semblaient prier par la fatigue de leurs mains.», écrit Martin Scorsese à propos des films de De Seta.

D’un point de vue technique il est important de souligner que ces films sont tournés en 35mm et en couleurs, ce qui à l’époque était très coûteux et imposait une méthode de travail qui laissait peu de place à l’improvisation, la captation brute, la prise de vue à l’arrachée.

dvd_deseta2

Le processus de mythification passe aussi par une forme de narration, que Vittorio de Seta ne construit pas en amont, en phase de scénarisation, mais uniquement au montage. C’est saisissant par exemple de revoir la séquence de la chasse à l’espadon, qui rappelle dans sa construction les premiers Eisenstein : le rythme de la scène croit au fur et à mesure que la durée de chaque plan se raccourcie, et l’intensité monte par l’insertion de gros plans sur les visages des hommes lancés vers leur proie. Ce montage, se double ensuite d’un montage sonore, tout aussi fictif, car, les prises de son n’étant pas synchrones, De Seta était contraint à reconstituer une ambiance avec des captations faite à des moments disparates.

Toute la finesse de De Seta est de savoir éviter, tout en étant clairement dans la sublimation d’une classe sociale, de tomber dans le discours : « J’ai nettoyé l’intervention de l’orateur, qui était la structure idéologique du film, et alors sont ressortis au premier plan les sons, les bruits, les chants… la culture  locale. J’ai privilégié cette culture en mettant de coté ma culture métropolitaine. J’étais ignorant. C’était cela l’important ».  Et c’est cela, ajoutons nous, que le rend aussi actuel.

Francesco Capurro

Le Monde perdu
, de Vittorio de Seta.
Coffret regroupant : Le Temps de l’espadon (1954 – Couleurs – 10 mn) ; Îles de feu (1954 – Couleurs – 9 mn) ; Soufrière (1955 – Couleurs – 9 mn) ; Pâques en Sicile (1956 – Couleurs – 8 mn) ; Paysans de la mer (1956 – Couleurs – 9 mn) ; Parabole d’or (1955 – Couleurs – 9 mn) ; Bateaux de pêche (1958 – Couleurs – 10 mn) ; Bergers d’Orgosolo (1958 – Couleurs – 10 mn) ; Une journée en Barbagie (1958 – Couleurs – 9 mn) ; Les Oubliés (1959 – Couleurs – 17 mn)
Disponible en DVD, Carlotta Films, 20€.

 
 
 

LES YEUX ROUGES