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Quand la Chine transforme
ses usines en résidence de luxe


DVD
24 City, Jia Zhang-Ke.  Le réalisateur chinois interroge six générations d’ouvriers dont l’usine vient de fermer, à Chengdu. A travers leurs témoignages, c’est l’histoire de la Chine et du socialisme qu’il raconte.

Des centaines de bicyclettes s’engouffrent dans un bâtiment monumental: dès le premier plan, le ton du film est donné. C’est l’usine d’Etat d’armement 420. Jia Zhang Ke, chef de file de la nouvelle génération des réalisateurs chinois, y a planté sa caméra pour nous livrer un film documentaire original.

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Des ouvriers de l’usine se souviennent. ©DR

Six décennies se racontent à travers l’histoire de cette usine, vouée à la destruction pour être remplacée par un complexe résidentiel de luxe, «24 City». Jia Zhang Ke, nous donne à voir et à entendre, par le prisme des témoignages d’anciens ouvriers et de protagonistes liés à l’endroit, l’histoire de la Chine communiste, de la révolution culturelle, à la crise économique de 1994, en passant par la guerre de Corée. Pour arriver aujourd’hui à une Chine en pleine transition, symbolisée par cette usine d’une autre époque, encore en fonctionnement au début du film, et qui se vide peu à peu de ses hommes et de ses machines.

Une page qui se tourne

Il y a d’ailleurs quelque chose de dramatique dans la mise en situation des personnes interrogées, toujours en cadre semi-large, avec un arrière-plan laissé vide : l’usine, le bus qui ramène les ouvriers, ou encore la salle de spectacle… On assiste par ces menus détails à l’Histoire en marche, une page qui se tourne.

La mise en scène volontairement austère, dépouillée, met en valeur la parole: le langage, le témoignage tiennent en effet ici les premiers rôles. «Afin de comprendre ces changements sociaux complexes de la Chine, il faut écouter avec attention les témoignages des protagonistes», explique Jia Zhang Ke. «J’aimerais que ce film retourne au langage. Pour certains, la narration doit se traduire en mouvements capturés par la caméra. J’aimerais que les sentiments les plus profonds et les expériences les plus complexes soient exprimés par la narration.»


Le réalisateur a recueilli des dizaines de témoignages lors du tournage, qu’il a ensuite, pour certains, synthétisés et fait jouer par trois comédiennes qui apparaissent parmi les personnages réels. Vraies et fausses interviews sont ainsi intimement liées au point d’en devenir indistinctes au montage. C’est l’étrangeté de ce film, un mélange des genres troublant car quasi-invisible, qui interroge les rapports entre fiction et réalité.

Marie Dietrich

24 City, de Jia Zhang Ke
Chine, 2008, 112 mn. Xstream Pictures / Shanghai Film Group Corporation / China Resources (Holdings) Co., Ltd.
Sortie en salles le mercredi 18 mars 2009. Disponible en DVD, Mk2 éditions, 20 €.

 
 
 

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