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Les cicatrices de Pinochet

DVD  Héros fragiles, Emilio Pacull. Retour sur le coup d'État de Pinochet en 1973 et ses traces aujourd'hui, tant au Chili que dans la vie personnelle du cinéaste.

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C’est dans le Palais de la Moneda, pris d’assaut par l’armée du Général Pinochet, que Salvador Allende s’est suicidé. ©DR

En 1973 Emilio Pacull avait vingt ans, il était très proche des cercles dirigeants autour d'Allende. Son beau-père, Augusto Olivares, ami et proche collaborateur du président renversé, se donna la mort peu de temps avant ce dernier. Pacull enquête sur le passé, s'en parle à lui-même, ainsi qu’à sa fille née en exil. Héros fragiles a d’ailleurs pour sous-titre «essai cinématographique sur la mémoire, l'utopie et le capitalisme sauvage».

Le réalisateur revendique sa subjectivité, et après tout pourquoi pas ? Il annonce honnêtement la couleur.

Bien que partisan, le film laisse parler des partisans de Pinochet, que Pacull amène à se confier, comme l'ancien président du Medef chilien qui avoue son admiration pour «l'ennemi» : «Ce n'était pas un grand homme mais il a su mourir comme un grand homme.»

Dans le camp Allende, certains sont perdus et démoralisés, d'autres amers, ou encore fidèles à des rêves que rien ne semble pouvoir briser.

Une débauche de bons sentiments


 
Et pourtant Pacull n’évite pas les facilités. Il prend au pied de la lettre les déclarations de Kissinger (ancien secrétaire d'État américain à la défense, impliqué dans le complot contre Allende), montre des rayonnages de bouteilles Coca-Cola pour figurer l'influence américaine… Quant à l'interview de l'économiste ultra libéral Milton Friedman, elle tourne à la polémique ras des pâquerettes sur les mérites comparés du capitalisme et du communisme.

De façon générale, le martyrologue est bien mal étayé par la débauche de bons sentiments, et la vacuité de l'argumentation: les idéalistes ont été lâchement assassinés, l'utopie ne mourra jamais. Mais pour qui se sent proche de Salvador Allende, et ne veut pas trop en savoir sur la situation de 1973, sur les raisons de son échec à se maintenir au pouvoir, le film, souvent inspiré, peut plaire : «Que reste-t-il, que restera-t-il? La confiance dans les héros fragiles. Ceux qui garderont la part d'humanité que nous avons perdue.»

Emilio Pacull était assistant de Costa Gavras. Si on l'ignorait, il se charge de le rappeler, de montrer des extraits d’État de siège (1973) et Porté disparu (1982), films liés à la situation chilienne. Comme son maître, il fait profession de cinéaste engagé. Comme lui, il n'excelle pas dans la nuance ou la légèreté.

Antonin Otchak
Le 16 septembre 2009

Héros fragiles, Emilio Pacull
France, 2006, 87 mn. V.L.R. Production / Fondart / Galatée Films / Editions Montparnasse
Film sorti en salle en mai 2007 et disponible en DVD, Editions Montparnasse, 20€.

EMILIO PACULL
Né au Chili, ancien élève de l’Idhec,Emilio Pacull fut l’assistant de Costa Gavras, Roberto Rossellini et François Truffaut. Auteur-réalisateur de Terre Sacrée, long-métrage sélectionné au Festival de Cannes 1988, il reçut le Prix de la SACD et le Prix de la Fondation GAN pour le cinéma.
Il a écrit et réalisé 20 films documentaires de grand format, notamment : Les enfants de rues à Mexico (Premier Prix du Festival Media-Sud à Genève), Mémoires de la Terre de Feu (Grand Premier Prix du festival « Cinéma et Histoire » de l’Unesco et Prix de la meilleure investigation documentaire au Festival de Valparaiso), Les Orphelins du Condor (sélectionné au FIPA 2003) et Hollywood Pentagone. Héros fragiles est son deuxième long-métrage pour le cinéma.





 
 
 

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