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«Tu arrives à te contrôler
quand tu regardes une femme ?»


EN SALLES Bassidji, Mehran Tamadon. Le documentaire qui avait fait grand bruit aux Etats généraux du documentaire de Lussas en 2009 sort enfin en salles.

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Les Bassidjis dénoncent «l'invasion culturelle venue des Etats-Unis».
©Box Productions


Projeté en août 2009 à Lussas, Bassidji fut l'un des phénomènes de ces Etats généraux du film documentaire. La vidéothèque du village, qui permet de regarder en DVD tous les films présents dans la sélection, croulait sous les demandes d'emprunts. «Nous avons dû le graver plusieurs fois et nous groupons les séances de visionnage dans un même créneau horaire, afin que plusieurs personnes puissent le regarder en même temps» raconte un bénévole. Il a fait, depuis, le tour des festivals. Pas étonnant, eu égard au témoignage politique qu'apporte le document.


Le documentaire débute sur des drapeaux iraniens, flottant au vent. Puis la caméra se déplace et un plan large nous emmène sur une plaine, arpentée de promeneurs, à la frontière Iran/Irak. Depuis la fin de la guerre entre les deux pays, cet ancien site d'affrontements militaires est devenu un lieu de mémoire et de visite. Une chenille de chars d'assaut traîne dans le sable. Des bruitages sonores reconstituent des tirs, le piqué d'un avion...

Faire respecter les préceptes

Une petite foule s'agglutine devant un homme, Malek Kandi, pendant qu'il raconte l'histoire des soldats iraniens martyrs, morts au combat. A l'écoute de ce récit, les auditeurs pleurent, une femme sanglote dans son voile, un enfant se lamente. L'émotion est collective. Malek Kandi est un «bassidji», un membre d'une milice religieuse iranienne. Présents dans différentes couches de la société, ces miliciens sont chargés de faire respecter les préceptes religieux, moraux, les dogmes institués par le régime islamique. Malek Kandi est l'un des personnages choisis par le réalisateur Mehran Tamadon, pour conduire son documentaire, une plongée impressionnante au coeur d'un système répressif.

Iranien arrivé en France à l’âgé de 12 ans, athée, fils de parents communistes sous le régime du Shah, Mehran Tamadon ne partage aucune des idées défendues par les Bassidjis. Il se fait d'abord observateur et suit leur action, sur le terrain. Un reportage télévisé aurait montré les violences et les brutalités physiques utilisées par les miliciens. Mehran Tamadon, lui, s'intéresse au discours. Imparable manière de rendre compte de leur méthode de persuasion, la victimisation.

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Le réalisateur chercher à entamer le dialogue. ©Box Productions


Dans la bouche des Bassidjis, l'Iran est cerné par le monde entier, son peuple menacé par «l'invasion culturelle venue des Etats-Unis». Des propos caricaturaux, pour nos oreilles d'occidentaux. Mais qui s'avèrent redoutablement efficaces, au vu des réactions saisies à l'écran.

Par moments, on se dit que le film pourrait être diffusé en Iran et servir la propagande. Oui, sauf que Mehran Tamadon se fait bientôt contradicteur et entame le dialogue. Son dispositif est simple : une table, des chaises, un micro et des questions posées par des iraniens de la rue. Que des questions qui fâchent, sur le port du voile, la condition de la femme, la répression...

La discussion aboutit à un constat frappant : face à lui, Tamadon a des blocs, ne reculant devant rien, ayant toujours réponse à tout. S'ils acceptent la contradiction, c'est pour mieux la retourner contre leur interlocuteur. A ce jeu, même le réalisateur se laisse parfois coincer. «Tu arrives à te contrôler lorsque tu regardes une femme? C'est bien. Mais vouloir se contrôler prouve que tu as été troublé. C'est déjà trop», lui expliquent ils. Bassidji devient alors une illustration de la manière dont l'oppression des peuples passe aussi par le langage et la rhétorique.

Alice Le Dréau (à Lussas)


Bassidji, de Mehran Tamadon.
France/Suisse, 2009, 114 mn. Interland / Box Productions.
Sortie en salles le mercredi 20 octobre 2010
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MEHRAN TAMADON
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Architecte et réalisateur iranien, Mehran Tamadon est arrivé en France à l'âge de 12 ans, en 1984. Il s’est formé à l’Ecole d’architecture de Paris-La Villette, dont il sort diplômé en 2000. Au début des années 2000, il repart vivre en Iran et se consacre à son métier d’architecte, concevant un immeuble et construisant une maison individuelle à Téhéran.
A partir de 2002, lors de l’exposition d'art conceptuel du Musée d’art contemporain de Téhéran, il monte l'installation «Le regard d’un flâneur». Il publie également deux essais en langue persane, puis réalise, en 2004, son premier moyen-métrage documentaire, Behesht Zahra, mères de Martyrs.
 
 
 

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