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Moore veut récupérer son argent

EN SALLES Capitalism :a love story, Michael Moore. Pour cet opus dont le tournage avait commencé avant la crise économique, le pamphlétaire américain s’en prend aux grands manitous du libéralisme.

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Michael Moore à Wall Street vient réclamer l’argent des contribuables américains. ©DR


«J'en ai marre de tout faire tout seul», lance Michael Moore à la fin de son nouveau documentaire. Il est crevé, Michael, il n'en peut plus et ça se voit. Il faut dire que depuis vingt ans, le Don Quichotte à casquette se bat contre des moulins à vent.

Dans son premier documentaire, Roger et moi (1989), il montrait les ravages économiques et humains provoquées par la fermeture de l'usine General Motors, dans sa ville natale de Flint (Michigan). Bowling for Columbine fustigeait la libre circulation des armes aux Etats-Unis. Farenheit 9/11 dénonçait l'administration Bush, ses mensonges de va-t-en guerre, et ramassait, au passage, la Palme d'or à Cannes. Sicko explorait une société américaine malade où 50 millions d'individus sont privés de couverture médicale.

Son dernier né, Capitalism, a love story peut être vu comme la synthèse de vingt ans de travail. Car Moore, le fils d'ouvriers, y traite d'un thème qui parcourait en filigrane, toutes ses œuvres antérieures : le capitalisme roi. Ou comment le règne du fric, la courses aux bénéfices et aux intérêts financiers se fait souvent au détriment de l'être humain. Ce n'est pas faute d'avoir prévenu, pourtant; les histoires d'amour finissent mal, en général. Et celle unissant les Etats Unis à leur modèle économique préféré est en train de franchement tourner à la scène de ménage, surtout depuis la crise. La preuve, en images.

Des vautours

Il faut l'avouer, Michael Moore n'est pas mauvais, lorsqu'il embarque le spectateur, dès les premières minutes, aux côtés de propriétaires qui vont être expulsés de leur maison, à cause des subprimes, qu'ils ne peuvent plus assumer. A l'affut, des agents immobiliers veillent et profitent de la dévalorisation pour racheter, à bon prix, les maisons. «La différence entre moi et un vautour? Je ne vomis pas ce que j'ai avalé», se marre un directeur d'agence, spécialisé dans la vente de logements expropriés. Charmant. Dans le même style, le cinéaste fait mouche quand il révèle l'existence d'assurances vies contractées par des grandes entreprises au nom de leurs employés. Le salarié meurt? La boîte s'enrichit. La famille du disparu, elle, ne saura rien de la transaction, et n'en profitera pas. Le malheur des uns...



Le documentariste sait aussi y faire, pour déplorer la disparition d'une classe moyenne, aux Etats Unis ou dénoncer les collusions entre Wall Street et Washington. La piqûre de rappel est édifiante. Qui se souvient que Donald Reagan, secrétaire au trésor du républicain Ronald Regan, champion de la dérégulation, travaillait auparavant pour la banque Merryl Lynch? Ou qu'Henry Paulson, autre secrétaire au trésor (de George W. Bush, cette fois), Paulson, l'homme à l'origine du plan de sauvetage des banques américaines (700 milliards de dollars réinjectés dans le système), en septembre 2008, était un ancien de Goldman Sachs?

Du coup, on peut sentir la rage monter. D'autant que Moore a toujours le sens des images fortes et de l'irrévérence : on rigole jaune à le voir, au volant d'un fourgon, se garer devant les sièges de établissement financiers et exiger de leurs cadres qu'ils rendent l'argent prêté par le gouvernement, donc indirectement par le contribuable. On le rejoindrait presque quand il entoure les immeubles de Wall Street d'une bande jaune, semblable à celles utilisées pour délimiter les scènes de crime.

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Seulement, en parallèle, Capitalism, a love story, synthétise aussi tous les défauts de son auteur comme autant d'illustrations de son manque de rigueur. Le discours est confus, fait des amalgames (entre libéralisme et capitalisme; capitalisme et démocratie; le système économique et les excès de ce système), use de raccourcis simplificateurs, ne donne la parole à aucun contradicteurs. La caméra traque l'émotion facile et les larmes. En désespoir de cause, Michael Moore en appelle même à l'Eglise et à Jésus. C'est dire...

«On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments», disait Gide. La maxime peut s'appliquer aussi pour le documentaire. C'est toujours un peu le problème chez Michael Moore. Au départ, il y a une révolte, sincère. Mais une façon de procéder, foutraque, ambigüe, manipulatrice. Pourtant ça marche et n'empêche pas de mettre à jour quelques vérités. On peut adhérer à son discours, sans en être totalement dupe.

Alice Le Dréau,
Le 30 novembre 2009


Capitalism : a love story, Michael Moore.
Etats-Unis, 2009, 122 mn. Paramount Vantage / Overture Films
Sortie en salles le mercredi 25 novembre 2009.

 
 
 

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