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Frederick Wiseman en tutu

EN SALLES La Danse, Frederick Wiseman. Le documentariste américain, qui aura 80 ans l’an prochain, est allé filmer les danseurs de l’Opéra de Paris et nous livre un beau film sur le travail.

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Le ballet de l'Opéra de Paris compte plus de 150 danseurs. ©DR

Après la Comédie-Française en 1996, Frederick Wiseman se tourne vers l’un des autres fleurons de la culture française. C'est le ballet de l'Opéra de Paris qu'il a choisi d'accompagner dans son quotidien pendant trois mois, afin de nous montrer le travail de tous ceux qui, en coulisse et sur scène, donnent corps aux différents spectacles.

Durant les 2h40 que dure le film, on verra répétés ou représentés des ballets très variés, allant du contemporain passionnant et parfois sidérant (Angelin Preljocaj, Pina Bausch, Wayne McGregor) au sempiternel et obsolète folklore classique tout de joliesse doucereuse, du genre qui fait peut-être encore rêver les jeunes filles ou les vieux messieurs (Casse-Noisette).

C'est que l'institution est vénérable, et fière d'être toujours là. Le tutu participe de l'image de marque.

Mais en un temps où l'hypermnésie patrimoniale est un refuge autant qu'un horizon, peut-être peut-on rappeler que toute tradition n'est pas féconde, surtout si l'on estime que le corps est un enjeu politique et que la danse, c'est aussi de la pensée.

L'acte de danser

Equilibrer l'ancien et le moderne de manière dynamique, tel est le credo de la directrice de la danse, Brigitte Lefèvre. Mais de tout cela – savoir ce qu'il faut accepter de laisser derrière soi pour continuer à avancer – il ne sera pas question, tant le film de Wiseman se focalise moins sur les motivations des acteurs (l'absentéisme aux cours de danse contemporaine suggère un conservatisme des danseurs eux-mêmes, qui n'est jamais interrogé), que sur l'acte même de danser. C'est la limite du «système Wiseman», qui se refuse au commentaire analytique et aux entretiens.
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Mais parce qu'il montre le travail comme il se doit, c'est-à-dire dans la durée, le documentariste sert admirablement cet art muet et volatile, précisément émouvant du fait de sa volatilité. On découvre avec émotion ce qu'on ne peut que pressentir dans la perfection finale du spectacle et du geste : le passage entre le moment où le danseur pense ce qu'il danse (les gestes à maîtriser) et le moment où il danse ce qu'il pense (l'émotion intérieure comme dépassement de la technique). Wiseman traque et trouve ce moment où s'opère l'unité du corps et de l'esprit. 

«Pour moi, souvent ce qui se passait dans les répétitions était plus intéressant que les aspects formels du spectacle. Mais d’un autre côté, quand ça marche, il y a quelque chose de si beau qu’on est transporté par l’illusion créée. C’est une illusion qui dure pendant soixante secondes, mais c’est parfait ! Moi, quand je vois quelque chose comme ça, je suis rempli d’admiration, mais aussi un peu triste, parce que ça ne peut pas durer, c’est une perfection transitoire», explique le réalisateur.

Et pour cela, La Danse est un film essentiel.

Paul Eolienne

La Danse : le ballet de l’Opéra de Paris
, de Frederick Wiseman
France/Etats-Unis, 2009, 160 mn. Idéale Audience / Zipporah Films / Opéra National de Paris / Le Fresnoy, Studio National des Arts Contemporains
Sortie en salles le mercredi 7 octobre 2009.
 
 
 

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