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Les colères de Monsieur Hulot

EN SALLES Le Syndrome du Titanic, Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre. Après Al Gore, après Yann Arthus Bertrand, voici Nicolas Hulot. Un film ouvertement anxiogène et en salles un peu partout.

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Les pyramides d'Eygpte. ©DR


Le film nous présente un monde moderne, triste et injuste. Nicolas Hulot ne nous emmène plus à la découverte des gorilles ou des tribus d'Amazonie. Il nous met la tête dans un monde pourri, dans des métropoles surpeuplées et des tours suréclairées. Il nous montre des bidonvilles, des clodos à Los Angeles et des touristes qui mitraillent de photos une famille de Namibie. Star de l'écologie française, l'animateur de TF1 veut nous forcer à remettre en cause nos choix et nos valeurs. Pour cela, il inquiète, titille, explique, menace et culpabilise. 

Mieux que la plupart des docus écolos, Nicolas Hulot, baroudeur bien connu, souligne les enjeux internationaux et géopolitiques soulevés par le changement climatique.
Le Syndrome du Titanic a aussi le mérite de ne pas se cantonner à la seule crise écologique. Il tire sur les ficelles, décortique, montre avec pertinence le lien entre toutes les «crises» : écologique, économique, alimentaire et climatique.

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Images de la modernité, selon Nicolas Hulot. ©DR  

Rentrer dans le film n’a toutefois rien d’une partie de plaisir… C'est noir. On étouffe. Le monde est saturé. Il n'y a plus de vide, quasiment plus de nature. Il reste des néons, des pubs et des voitures. La bande originale parfois pesante,enfonce le clou. Et le narrateur – monsieur Ushuaia himself – n'a visiblement pas l'intention de réconforter  un spectateur déjà en voie de dépression.  Pas rigolo, Hulot ? On est loin des boutades d’Al Gore ! La voix-off du
Syndrome du Titanic raconte un naufrage. Il n'y a pas de quoi rire. «Ils n'ont pas du tout pris la mesure du problème», déclare Nicolas Hulot en parlant des hommes politiques et des hommes tout court.

Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre nous montrent des peuples, au Nord, qui se débattent pour être heureux. Leur entreprise semble vaine dans cette modernité lugubre. Ils nous montrent ensuite d’autres peuples, au Sud, qui tentent de survivre dans des bidonvilles,  au milieu des carcasses d’ordinateurs aux composants toxiques… Le Nord et le Sud se croisent, tous les deux victimes de la folie des hommes.  Rien à voir avec la beauté des vues aériennes de Yann Arthus Bertrand, photogéniques et classieuses.

Un film qui n'autorise pas l'indifférence

On entendra et lira toutes sortes de commentaires sur ce dernier opus écolo. Ceux qui aiment, ceux qui détestent, ceux qui ne se prononcent pas, ceux qui s'en tamponnent… Ces derniers ne seront pas nombreux. Le Syndrome du Titanic n’autorise pas l’indifférence. Je confesse d'ailleurs que dix jours après la projection, certaines images du film continuent de me tourmenter. Je digère ce film au constat terrifiant, une réalité je minimise trop souvent.



C’est la valeur ajoutée du film. Si l’on peut se sentir impuissant après Une vérité qui dérange, touché par la beauté de notre planète après Home, on se sent responsable après Le Syndrome du Titanic. On devine que l'humanité n'a plus le choix. «L'idée qu'on ait le choix entre faire et ne rien faire est fausse. Soit on organise cette mutation, soit on la subit», explique Nicolas Hulot.  Un message plus clair et plus dérangeant que celui d’Arthus Bertrand ou d'Al Gore.

M.C.

Le Syndrome du Titanic,
Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre
France, 2009, 80 mn
Sortie en salles le mercredi 7 octobre 2009