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Je n’ai rien vu à Hiroshima

CINEMA
Treize ans ans ses derniers essais nucléaires, la France a présenté mardi son premier plan d'indemnisation des victimes, doté de 10 millions d'euros pour 2009. Dans Gerboise Bleue, Djamel Ouahab levait le voile sur le secret des premiers essais nucléaires français en Algérie.

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Le point zéro de Gerboise Bleue, premier essai atomique français en atmosphère, quatre fois supérieur à Hiroshima, est interdit d’accès depuis quarante-sept ans par les autorités algériennes. ©Shellac

Gerboise Bleue, c'est le nom de code donné par l'armée pour le premier des dix-sept essais nucléaires français dans le Sahara algérien de 1960 à 1966. Touaregs de la région ou soldats, des milliers de personnes ont vécu de trop près la marche à l'armement atomique, et furent irradiées. La zone elle-même, mal nettoyée après le départ des militaires français, reste contaminée. Tout cela, la France refuse toujours de le reconnaître.

Le film donne la parole aux associations antinucléaires et de défense des victimes, aux autorités algériennes, et au ministère français de la Défense, dont la mauvaise foi est flagrante.

Des cobayes

Surtout, Djamel Ouahab retourne sur les lieux, fait témoigner et se rencontrer irradiés français et algériens. Il les amène à raconter les essais nucléaires et leurs souffrances : cancers, troubles neurologiques, optiques, malformations des enfants, terres impropres à la culture, sans compter le sentiment d'une injustice niée.

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Gaston Morizot, l’un des derniers survivants. ©Shellac

Ces victimes disent ce que l'on n'a pas voulu entendre, ou ce qu'elles ont tu par honte d'avoir été traitées comme des cobayes, puis de ne pas être reconnues. L'État colonial finissant a lié les deux peuples, par les blessures du passé, puis par la lutte pour faire admettre et prendre en charge les séquelles.

Le vécu et l'émotion des six victimes interrogées ne laissent peut-être pas assez de place à la mise en perspective. Ainsi le contexte, trop peu évoqué, a pesé: celui de la course à l'arme atomique, et de la guerre d'Algérie, où les essais nucléaires étaient une des conditions posées pour le retrait français. Le silence qui perdure, ce sont aussi les 12 pensions versées pour 30000 irradiés probables.



«Hourra pour la France!» déclara De Gaulle à l'annonce de Gerboise Bleue. Ce film permet de commencer à dévoiler le scandale. La vision insoutenable d'une gueule cassée digne de 14-18 ramène une nouvelle fois la Grande Muette à son rôle de grande criminelle, et la colonisation à ses cicatrices toujours à vif.

Antonin Otchak

Gerboise Bleue, Djamel Ouahab
France, 2008, 90mn. Kalame Films / Bladi Films. Shellac Distribution.
Sortie en salles le mercredi 11 février 2009.

UN PLAN D'INDEMNISATION 
# Treize ans ans après avoir mis un point final à ses campagnes d'essais nucléaires, la France a présenté mardi 24 mars 2009 son premier plan d'indemnisation des victimes, doté de 10 millions d'euros pour l'année 2009.
Quelque 150000 personnes, travailleurs civils et militaires, ont participé de 1960 à 1996 aux 210 essais menés par la France dans le Sahara algérien puis en Polynésie française. Egalement concernées: les populations de ces deux régions.
# «Quelques centaines» de personnes ont pu développer depuis un cancer, victimes de radiations, selon le ministre de la Défense Hervé Morin. Il a reconnu quatre «problèmes de confinement» lors des tirs effectués dans le Sahara et dix épisodes «de retombées radioactives significatives, sur des zones circonscrites» lors des essais aériens en Polynésie.
# «Treize ans après la fin des essais dans le Pacifique et après le traité d'interdiction des essais ratifié par la France, il était temps que notre pays soit en paix avec lui-même», a-t-il relevé, alors que des associations de vétérans bataillent depuis des années pour faire valoir leurs droits. 


 
 
 

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