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«J'ai interviewé toutes mes ex»

A NE PAS RATER Toute l'histoire de mes échecs sexuels, Chris Waitt. Sorti le 6 mai, ce film est encore à l'affiche dans 6 salles en France. Un drôle de doc. 

Chris Waitt décide d’aller interroger ses ex. «Mes échanges avec les femmes ont pour la plupart fini en humiliation personnelle, récrimination, regret, amertume, honte et, en bref, échec. Je commence à m’interroger: est-ce que je n’y suis pas pour quelque chose ? En trouvant les raisons pour lesquelles je me fais chaque fois plaquer, je pourrai évoluer et avec un peu de chance connaître à l’avenir une relation heureuse», interroge naïvement Chris Waitt.

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Chris cherche à comprendre pourquoi il se fait "chaque fois plaquer". © Warp X

Très vite, on comprend qu’il n’a vraiment rien compris. Comment imagine-t-il convaincre des nanas pour le moins dégoûtées de lui, parfois très en colère, de lui parler? Les portes claquent, les téléphones raccrochent. Chris est toujours dans l’impasse. «Je tente une approche guerilla», se justifie-t-il. «Une approche gorille!», lui renvoie son producteur.

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Pas une connerie à la Dailymotion

La course-poursuite de Chris avec son passé amoureux le conduit à pas mal de rendez-vous manqués avec ses ex mais aussi devant le psy, le sexologue et même une maîtresse SM ! Il ne recule devant rien pour saisir ce qui ne va pas… sans sembler voir qu’il traverse une grave dépression.



Car si le film part de l’anecdotique, façon Comment se faire larguer en dix leçons, le mal-être du héros se dévoile assez rapidement. «Cherchez la femme», dit-on dans les polars. Or la femme est bien, là, en la personne de Vicky, l’une des relations les plus sérieuses de Chris. Et rien, dans le traitement ironico-comique du film, très proche de Ghost World (Terry Swigoff) ou de Juno (Jason Reitman), ne nous préparait à cette rencontre, à cette belle déclaration d’amour perdu.

«Je ne veux pas d’une connerie à la Dailymotion», s'égosillait le producteur au début du film. Chris Waitt évite avec brio l’écueil de la blague potache et mégalo. Il paraît qu’Universal Pictures travaille à une adaptation «fictionnelle». Dommage, le film de Chris Waitt est déjà une excellente comédie.

Clémence Parente

Toute l’histoire de mes échecs sexuels, de Chris Waitt
Grande-Bretagne, 2008, 93 mn. Warp X.
Sortie en salles le mercredi 6 mai 2009.


ENTRETIEN AVEC CHRIS WAITT
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Vous attendiez-vous à ce qui vous arrive dans le film ?
Je n’ai pas beaucoup réfléchi aux conséquences des situations que j’allais provoquer. J’imaginais que ce serait simple et rapide: un peu de travail de détective, quelques coups de téléphone, des conversations avec des ex, voilà tout. Un projet clair et concis. J’avais fait le calcul que si chacune de mes ex me parlait 5 minutes, je tenais le film. J‘étais persuadé qu’elles auraient plaisir à me voir, à discuter, et qu’elles trouveraient intéressante ma démarche pour résoudre mes problèmes.

Comment s'est déroulé le tournage ?
Il a été douloureux, mais c’est le montage qui a viré au cauchemar: nous avions près de 400 heures d’images, dont la moitié où on me voit en train de me plaindre. Je savais que le film serait personnel, mais je n’avais pas anticipé qu’il serait aussi intime et révélateur de ma personnalité.

Le film est souvent très drôle.
Nous avons fait un gros effort au montage pour que le film, qui raconte des choses sérieuses, soit malgré tout le plus amusant possible. La tonalité est celle des films de Woody Allen, bien que je n’ai jamais cherché à me comparer à lui. Pour des raisons étranges, regarder un type faire l’idiot devant ses ex est un spectacle plutôt réjouissant. Et ça doit être plaisant pour le spectateur de se rendre compte à quel point il est forcément un bon amant ou un bon mari, comparé à moi

Le choix de la comédie ne risque-t-il pas de créer des confusions entre fiction et réalité justement ?
Ça a été un tel investissement de faire parler ces personnes – mes ex – avec trois poursuites devant les tribunaux pendant toute la durée du tournage, la démarche était globalement tellement pénible, qu’entendre «on n’y croit à peine» peut me déprimer. Je sais que ce qui peut orienter cette perception du film, c’est le montage : il donne une dimension comique plus importante que dans un documentaire normal. Je suppose que ça peut laisser le spectateur dubitatif. Mais tout est vrai, et je vous assure que ce ne fut pas qu’une partie de plaisir.

Que fait-on après une immersion dans un tel projet?
C’est le souci pour tous les réalisateurs : trouver le temps de vivre, entre deux films, parce que la réalisation vous prend tout votre temps et vous consume entièrement, c'est encore plus vrai sur un documentaire dont vous êtes le sujet. Votre vie devient bizarre… Ce n’est pas non plus comme un reality show : c’est mon meilleur ami qui filmait, et souvent nous n’étions que trois, lui, mon producteur et moi, je n’ai donc jamais eu l’impression d’être dans une expérience façon Truman Show. Mais j’ai senti que je vivais dans le film, à l’intérieur de mon propre film.